Colombie

Keep Travelling // Comuna 13, quartier en plein renouveau

7 août 2017
Juillet 2017

“Vous êtes en Colombie depuis un bout de temps maintenant? Quand allez-vous enfin nous parler de Pablo ?!” Alors celle-ci on s’y attendait avec le succès énorme de la série Narcos (qui, by the way, reprend le 1er septembre jour de notre retour, si c’est pas un signe ça!). Cette question se voudrait légitime, mais sachez que ce bon vieux Escobar n’est pas du tout aimé par ici (en même temps tu m’étonnes…) et que les colombiens et encore plus ceux de Medellin n’ont pas envie d’en parler et veulent tourner la page. Quasi chaque habitant connaît quelqu’un qui est mort à cause de lui… sans compter plus de 500 flics tués… en terme d’image c’est sûr qu’il y a mieux.  Donc ils en ont un peu ras le bol que leur pays soit simplement associer à ce mec alors qu’il recèle de trucs de fou.

Donc non, on a décidé de ne pas faire de tour à la gloire de Pablo mais plutôt d’aller visiter la Comuna 13, le quartier qui fut pendant plus de 20 ans le plus dangereux au monde (de par son nombre de mort). Par visite, on veut bien sûr parler d’habitantes du quartier le renouveau de celui-ci, tout en nous parlant des périodes les plus sombres.

 

Visite avec Zippy Tour

Rendez-vous à 9h au pied du métro San Janvier où l’on rencontre Laura 36 ans et Lineth 23 ans, toutes deux habitantes de la Comuna 13. Elles ont montés une entreprise de “walking tour” (excursion à pieds en bon français) “Zippy Tour” pour nous parler de l’histoire du quartier mais surtout pour nous nous montrer son renouveau, et aller à la rencontre de ses habitants.

Après une quinzaine de minutes de marche en direction du quartier, on arrive en bas des fameux escalators du quartier. Pendant le temps de la balade, les filles nous expliquent un peu leur vie et commencent à nous parler de leur quartier. On traverse un parc, on voit les gens aller à l’école, au travail…

Puis on commence à grimper en haut du quartier par les “escalators”. Les gens d’ici en sont très fiers. Il y a même des employés de la ville pour vérifier que tout fonctionne bien et répondre à toute question. Tout au long de cette ascension, on apercevra des oeuvres de street art, on croisera des gens nous souriant, nous serrant la main… Une fois arrivés en haut, on a alors une vue sur le quartier et toutes les collines environnantes. C’est impressionnant.

On a appris tout un tas de trucs pendant cette visite et il nous tenait à coeur de vous raconter tout ça. Et puis a aussi envie de changer un peu la perception de ce pays. Oui on a des grands ambitions avec ce blog ;).

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Pour commencer un peu d’histoire… (ça ne fait jamais de mal à personne)

Dans les années 70 et l’explosion des narcotrafiquants, de nombreux paysans ont quitté les campagnes pour fuir ce fléau qui transformait leurs terres en culture de coca. Ils se sont donc réfugiés dans les villes mais faute de travail, ils ont été rejeté dans les collines environnantes, le seul endroit où ils pouvaient construire un abri de bois et de tôles. Bien qu’illégales, le gouvernement a laissé faire ces nombreuses installations car ils n’ont jamais cru qu’autant de personnes s’installeraient dans ces collines abruptes et inaccessibles.

Raté, des favelas un peu de partout se sont mis à voir le jour, montant à pic le long des collines… Malheureusement les narcotrafiquants les ont rattrapé car les collines étaient des lieux idéaux pour écouler leur drogue car de nombreux jeunes désoeuvrés n’attendaient que ça et les forces de police ne pouvaient pas y accéder. En effet, les policiers étaient repérés de loin donc soit tout était caché une fois qu’ils arrivaient soit on ne les laissait pas monter (on vous laisse imaginer comment).

Pablo était à l’époque le roi de tout ce petit monde. Seulement comme tout le monde le sait, son règne a pris fin en 1993. Après sa chute (pas très loin d’où on était d’ailleurs), le quartier s’est transformé en lutte de pouvoir entre narcotrafiquants, guerilleros et paramilitaires (on vous la fait courte). Bref des milliers de morts, des policiers qui ne pouvaient plus intervenir, des cadavres qui restaient plusieurs jours dans la rue… avec un pic atteint entre 2000 et 2002: environ 3000 morts sur cette période. Le gouvernement a fini par réagir avec le déploiement de plus de 3000 militaires et paramilitaires lors de l’opération Orion en mai 2002, accompagnés de plusieurs hélicoptères qui n’hésiteront pas à tirer sur les toits des habitations… Ce fut un chaos total où des civils et policiers seront tués et de nombreuses arrestations arbitraires auront lieu. Les sources officielles donneront les chiffres suivants: trois cent cinquante-cinq détentions arbitraires, trente-neuf civils blessés, sept disparus et trois policiers tués.

Et paf le quartier “nettoyé” avec quelques dommages collatéraux passés sous silence mais un nouveau départ est censé voir le jour pour le quartier.

Censé…car finalement ce n’est pas vraiment ce qu’il s’est passé. Pour tenir le quartier qui devait devenir un “laboratoire de paix”, un groupe de paramilitaires a été mandaté pour le contrôler. Malheureusement ils en ont profité pour le “nettoyer” en profondeur. Des centaines de personnes ont disparu les années suivantes et elles n’ont jamais été retrouvées. Il semblerait en effet que les corps de ces disparus aient été dispersés dans une décharge, s’étalant sur quinze hectares, dans la zone haute de la Comuna 13. 92 disparitions ont été officiellement comptabilisées mais la réalité semble bien loin de ce nombre.

Aujourd’hui grâce à l’arrêt de la lutte des groupes de guérillas, à l’investissement dans des infrastructures comme des escalators et des téléphériques, à la mobilisation des jeunes et des artistes, le quartier est redevenu vivable. La vie est encore loin d’être rose, il reste encore des gangs. Cependant ils s’entendent entre eux, ont créé une sorte de mafia pour les commerces qui doivent payer une “taxe” afin d’être protégés. Cela freine bien sûr le développement de nouveaux commerces.

Si vous voulez avoir plus de détails, voici un article datant de 2013 relatant toute l’histoire avec plus de détails.

Cette histoire racontée par les filles nous a semblé inimaginable en tant qu’européens et on a pu ressentir toute l’émotion de Laura ayant habitée toute sa vie dans le quartier et ayant assistée à ces périodes citées un peu plus haut.

Mais ce qui était important pour elles, c’était de nous montrer une autre facette: celle du street art, celle des délices du quartier tels qu’une incroyable glace fruit de la passion (il a suffi qu’on crie à une mamie sur un balcon pour que son fils vienne nous servir en bas, normal quoi) ou un très bon café d’une petite tienda tenue par un graffeur du quartier, celle d’une vie paisible…

Un peu de street art

Comme nous l’avons déjà constaté dans plusieurs quartiers pauvres, un des moyens forts d’expression reste le street art (Valparaiso, La Boca à Buenos Aires…). Les jeunes veulent ici redorer l’image de leur quartier tout en n’oubliant pas ce qu’il s’est passé dans chacune de ses rues. En plus d’infrastructures payées par la ville, ils utilisent donc les murs de leur quartier pour faire passer leur message. Deux artistes un peu plus connus sont Chota 13 et Yesgraff. Vous pouvez suivre leur travail sur Instagram.

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Dans la signification des différents graffitis, on retrouve plusieurs fois le symbole très fort du mouchoir blanc. Dans l’époque la plus sombre du quartier une femme ayant vu son fils mourir devant ses yeux a jeté un mouchoir blanc depuis sa fenêtre afin de pouvoir sortir récupérer le corps de son fils. Un signe qui fut réutilisé de nombreuses fois par la suite.

Beaucoup de scènes représentent des enfants noirs, symboles tristes de l’emploi forcé des enfants dans les mines d’or du Choco. L’orpaillage étant une formidable manne d’argent pour les guérillas ou narcotrafiquants.

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Pour finir notre visite du quartier, on a été réquisitionné par une petite TV web local pour faire les touristes qui visitent tout en faisant des checks aux street artistes. 😉 Vous imaginez comment Charly pouvait être dans son élément. A cette occasion, on a eu la chance de rencontrer le graffeur le plus important du quartier: Chota 13, qui 2 semaines plus tôt avaient rencontré Bill Clinton qui venait visiter le quartier. D’où le reportage télé d’ailleurs. Ce qui était cool, c’est que pour le reportage, il a nous expliqué plusieurs de ses oeuvres. Un très chouette moment. Et promis si on trouve la vidéo, on vous la montrera.

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Bref on vous recommande vraiment de venir faire un tour dans ce quartier. Il est très très loin de l’image qu’on peut s’en faire. C’est aujourd’hui totalement safe de s’y promener dans la journée et vous rencontrerez que des gens gentils très fiers de leur quartier.

xoxo

Tiff & Charly


INFORMATIONS PRATIQUES

ZIPPY TOUR: on est passé par cette “agence” créée il y a seulement 5 mois. Ils ont 3: 2 filles avec qui on a fait la visite et un mec. Ils proposent uniquement un tour dans Comuna 13. Ils sont réellement passionnés et on a vraiment adoré discuter avec eux. Ils ont une approche vraiment très sympa.

Ils font 3 visites dans la journée: 9h, 14h et 17h. Il suffit juste de leur envoyer un Whatsapp pour réserver. On a eu de la chance car nous n’étions que tous les deux pour la visite.

Le lieu de rendez-vous est au métro San Javier. C’est très accessible. Pour rappel, un ticket de métro coûte seulement 2300 pesos.

La visite est gratuite. Il suffit de donner des tips à la fin.

 

Si vous voulez y aller par vous même, il suffit de marcher après le métro 10 minutes en direction des escalators et de les utiliser pour grimper en haut de la colline. Vous aurez une vue panoramique sur le quartier et ses alentours et vous trouverez plein de gens au service de la ville qui pourront vous aiguiller! Mais bon on vous recommande chaudement la visite avec nos guides ci-dessus. 😉

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3 Comments

  • Reply Gaëlle 7 août 2017 at 12 h 27 min

    Très coloré, j’adore le street art alors ça donne vraiment envie d’aller y faire un tour. Et la vue d’en haut sur toutes les maisons, c’est superbe !

  • Reply Isabelle FAVRE GENESTY 7 août 2017 at 20 h 00 min

    Très intéressant. Merci pour le rappel hihistorique !

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